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14.02.2008
Votation du 24 février: Plein feu sur les avions de combat!
Article paru dans Lignes Rouges de février 2008 n°40,
Joël Varone
Le 24 février prochain, l'initiative populaire de Franz Weber visant à interdire les exercices d'avions de combat en temps de paix sera soumise au peuple. Si prompts à couper dans l'ensemble des budgets sociaux de l'Etat, les milieux bourgeois font preuve dans cette campagne d'une hargne toute particulière à vouloir défendre les milliards de dépenses de l'armée en brandissant des menaces démesurées.
Franz Weber donne pourtant tous les gages nécessaires à son initiative pour qu'elle n'apparaisse pas comme anti-militariste, répétant à satiété que son initiative n'est pas contre l'armée, mais uniquement contre les excès de l'aviation militaire, il n'y a rien à faire. Pour nos autorités politiques, interdire le vol des F/A-18 et autres Tiger F-5 aurait pour conséquences que "les Forces aériennes ne pourraient plus assurer la sécurité du trafic aérien et sauvegarder la souveraineté aérienne de manière crédible. Accepter l'initiative pourrait donc en définitive compromettre la sauvegarde de la souveraineté de la Suisse."1 Rien de moins!
Assurer la souveraineté du Capital
Et pourtant, quelles sont les tâches actuellement remplies par les avions de combat concernant la sécurité du trafic et la souveraineté aérienne. Dans sa brochure en vue des votations, la Base aérienne de Sion nous l'explique: "L'engagement de notre aviation pour des missions de police aérienne concerne l'aide pour des avions civils en cas de problèmes de navigation ou de pannes de radio." Mais en quoi des avions de combat sont-ils nécessaire pour de telles missions?
C'est alors que l'armée et les autorités invoquent d'autres missions comme "l'interdiction d'utilisation de l'espace aérien suisse, comme par exemple lors du WEF ou du sommet du G8". Nous y voilà donc: les autorités suisses sont prêtes à faire payer des milliards de francs aux contribuables, à casser les oreilles à des centaines de milliers de citoyens pour rassurer quelques global leaders qui décident de l'avenir de la planète à grands coups de privatisation et de libéralisation dans des sommets informels comme à Davos ou à Evian.
Et pour se la jouer plus populaire, le Conseil fédéral parle maintenant d'assurer la sécurité lors de l'EURO 2008. Mais en quoi des F/A-18 sont-ils utiles à la sécurité dans les stades, de même qu'à Davos? Cela ne suffit-il plus aux magistrats bernois (socialistes de surcroît) d'arrêter et ficher les manifestants anti-WEF avant même la manifestation? Voudrait-on à présent envoyer les F/A-18 contre les manifestants? Contre les supporters?
Que le Conseil fédéral arrête de parler d'assurer la souveraineté de la Suisse quand "on a vu de quelle manière des avions de la CIA ont pu utiliser des aéroports en Suisse sans être repérés et comment des avions de transport de l'OTAN ont traversé l'espace aérien suisse sans être inquiétés"2! La souveraineté de la Suisse, son indépendance et sa neutralité, ce n'est rien d'autre dans la bouche de nos politiciens que l'allégeance de l'Etat suisse aux intérêts du grand capital. Et qu'importe si cela coûte des milliards aux salariés-contribuables suisses, et qu'importe si cela engendre des nuisances sonores et écologiques insupportables.
Derrière la votation, des dépenses supplémentaires!
Que Franz Weber le veuille ou non, le résultat du 24 février aura des répercussions majeures sur l'avenir de l'armée. En effet, un programme de modernisation des 33 F/A-18 est à l'étude et coûtera plus de 500 millions de francs. Depuis 1993, les 33 F/A-18 qui avaient coûté à l'origine 3,5 milliards de francs ont déjà engendré pour près d'un milliard de francs de modernisation. De plus, le scrutin tombe au moment même où le Parlement vient d'allouer 8 millions de francs pour entamer une procédure de sélection pour remplacer les 54 Tiger F-5. Suivant l'avion de combat retenu, la facture s'élèvera à plus de 4 milliards de francs. Mais une chose est sûre, tous les avions de combat envisagés seront entre trois et cinq fois plus bruyants que les Tiger F-5.
Il va sans dire qu'une acceptation de l'initiative de Franz Weber le 24 février compromettrait fortement les plans de dépenses pharaoniques de l'armée. Couplée à l'initiative populaire du GSSA contre l'exportation d'armes qui vient d'aboutir, il pourrait être une valeur test dans une relance d'un mouvement anti-militariste en Suisse.
Chantage à l'emploi
Quant aux craintes habituelles sur l'emploi servies par les milieux bourgeois, on aurait de quoi sourire à voir ces braves politiciens et hommes d'affaire se soucier de l'avenir professionnel de quelques centaines salariés, eux qui se sont toujours opposés à améliorer le droit du travail, eux qui n'ont jamais levé le petit doigt en faveur des employés de Swissair, de la Boillat et de tant d'autres entreprises.
Le directeur de Valais Tourisme, Urs Zenhäusern, prend fait et cause pour l'armée et affirmant que l'aéroport de Sion ne saurait survivre financièrement sans l'armée et que la base aérienne emploie actuellement quelque 150 personnes. Il oublie simplement de mentionner que l'argent qui finance la base militaire de Sion, c'est l'argent des contribuables. Que cet argent pourrait servir à des projets plus utiles, voire à financer l'aéroport civil de Sion. Il oublie aussi de mentionner qu'une année de vol d'avions de combat en Suisse représente rien qu'en kérosène une dépense de 121 millions de francs. De quoi assurer le salaire non de 150 personnes, mais de 1500!
1. Brochure explicative du Conseil fédéral, p.11
2. JFW, n°82, décembre 2007
14:55 Publié dans Opinions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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